![]() |
MINUTES
DE LA CONFÉRENCE
DESIGN ET MARKETING
NICOLAS
BOUCHE, USER EXPERIENCE GROUP MANAGER, DECATHLON RICARDO NAVARRO, DIRECTEUR ARTISTIQUE, MORREL-COTTET
|
Lobjet de cette conférence est de présenter et déchanger
sur des approches relatives à larticulation marketing/design
pour améliorer la valeur de la marque et renouveler loffre.
La veille des nouvelles approches et leur diffusion dans lenvironnement
économique rhône-alpin est une des missions du Centre du Design
Rhône-Alpes, organisateur de cette conférence ; mission qui a
été présentée par Marie Marguerite GABILLARD,
Directrice du Centre du Design Rhone-Alpes.
Quatre intervenants, spécialistes du marketing et du design, ont présenté
leurs études et leurs pratiques :
- les deux premiers pour dessiner le cadre de réflexion, donner des
points de repère pour
interpréter la relation design-marketing :
Nicolas BOUCHE, User Experience Group Manager, au sein de DECATHLON a présenté
les dimensions et missions du design au sein dune entreprise de distribution
qui développe ses propres marques sur un marché de grande consommation
Bernard COVA, professeur à ESCP-EAP, a défini le « marketing
tribal » et son utilité dans une stratégie de développement
- les deux intervenants suivants ont témoigné de leurs pratiques
dans deux types de marché différents :
Pascal PIZELLE, responsable marketing de lactivité basse tension
de SCHNEIDER ELECTRIC, a utilisé le marketing sensoriel pour construire
une différenciation sur un marché industriel très concurrentiel,
aux produits banalisés.
Ricardo NAVARRO, Directeur Artistique de lentreprise MOREL-COTTET, PMI
fabricant de lunettes ayant pris loption stratégique de développer
ses propres marques. Il a décrit lorganisation de son entreprise
qui a placé le design au centre de la démarche stratégique.
Nous retenons du témoignage de Nicolas BOUCHE une présentation
des dimensions des missions du design au service de la valorisation de la
marque et de loffre, témoignage développé dans
le contexte de la conférence en neuf points :
1. La prise en compte de lévolution des comportements de consommation
vers la recherche du plaisir qui caractérise une société
hédoniste qui a besoin, non seulement, de « se faire plaisir
», mais dêtre dans le même temps rassuré et
davoir un ressenti immédiat (dans un contexte par exemple de
découverte du produit)
2. La présentation « rassurante » de la technologie qui,
globalement fait peur (ex : les OGM), qui est de plus en plus invisible (on
ne comprend pas comment elle va agir) mais qui dans le même temps est
le support pour améliorer loffre et les services
3. La distinction entre valeur vécue et valeur perçue, la première
faisant lobjet dune évaluation après utilisation
et la seconde dune appréciation lors de la découverte
du produit. Lobjectif est de faire parler le produit lors de sa découverte
pour une évocation de qualité vécue crédible et
valorisable
4. Le positionnement en prix qui soit le reflet de ces deux dimensions de
la qualité et qui serve le positionnement de la marque pour rendre
accessible à tous ces éléments de qualité
5. La mission dévolue au design de traduire et rendre visible la valeur
percue et vécue de loffre
6. La construction de la valeur de la marque, les valeurs associées
à la marque par lentreprise et reconnues par les consommateurs
ce qui renvoie notamment au marketing et au marketing sensoriel ( perception
visuelle, olfactive, toucher, codes dappartenance
)
7. Expliquer les bénéfices consommateur apportés par
la technologie tel que rendre perceptible par un code couleur les qualités
du produit (ex : le rouge pour la chaleur), par un aspect visuel (ex : la
brillance pour évoquer létanchéité), la
mission du design étant de faire percevoir une qualité fabriquée
par lingénierie
8. Générer une expérience mémorable en particulier
par la notion tactile dès la phase de découverte du produit
9. Faire naître une relation avec le client de la phase de découverte
du produit à lutilisation , le produit et la marque devenant
le support d « attributs expérienciels » susceptibles
de déclencher un acte dachat et une fidélisation à
la marque.
Bernard COVA fait une
proposition dune lecture particulière de lévolution
des comportements de consommation quil intitule « marketing tribal
» en précisant quil sagit dune approche parmi
dautres et en donnant les conditions dutilisation de cette approche.
Quest-ce que le marketing tribal ?
Prenant lexemple des amateurs de Harley Davidson, on constate une «
communauté de marque » caractérisée par une passion
et des émotions communes ; dans ce cas, la marque possède une
valeur identitaire qui rassemble un certain nombre dadeptes qui constituent
une « tribu ». Une tribu est composée dindividus
qui nappartiennent pas à la même catégorie socioprofessionnelle,
mais qui se reconnaissent un lien commun, fait démotions, de
passion partagée, dexpériences similaires souvent autour
dune marque ou dun objet culte.
Dans cette approche, la tribu ne représente pas en elle-même
un marché mais elle est un support de marché . Le consommateur
achète alors un bien et un lien didentification dappartenance
à une tribu. Dans cette hypothèse, « le lien lemporte
sur le bien », lappartenance à une communauté de
marque est plus importante que la possession en tant que telle dun produit.
Dun point de vue marketing, lobjectif est alors de sappuyer
sur une tribu pour construire un marché en mettant en uvre une
logique dappartenance autour dun produit culte ou dune marque
culte. Lélaboration de ce produit résulte dune interaction
entre les opérateurs du marketing et les membres de la tribu considérés
comme les gardiens du temple des valeurs attribuées à la marque
(ex : DUCATI) et, en même temps, apporteurs didées pour
renouveler les expressions des attributs attachés à la marque.
|
PASCAL PIZELLE, RESPONSABLE MARKETING ACTIVITE BASSE TENSION, SCHNEIDER ELECTRIC |
Lunivers des produits
électriques de basse tension est caractérisé par une
forte banalisation des produits : tous les constructeurs utilisent les mêmes
composants et il est difficile, dans ces conditions, de faire la différence.
Dans ce contexte, SCHNEIDER ELECTRIC a choisi dadopter une stratégie
de différenciation versus une stratégie de volume. Ce qui se
traduit dune part, par une segmentation fine des acheteurs - les électriciens-
de produits électriques de basse tension. et, dautre part, par
un design spécifique à chaque segment identifié.
Un axe de différenciation réside dans la qualité perçue
des produits et lappropriation par lélectricien, poseur
des produits, de cette qualité à travers une représentation
dun travail correctement effectué à la satisfaction des
clients utilisateurs.
Cette qualité perçue, vecteur de limage de marque, élément
de confiance dans la relation fournisseur/client, ne peut être construite
dans un univers hyper-banalisé (les composants sont communs à
tous les fabricants) quavec des éléments traduisant cette
qualité perçue et reliés au marketing et au design sensoriel
tels que, par exemple, pour un tableau électrique : lacoustique
de la manette de fermeture du compteur inspirant de la fiabilité et
de la solidité, lesthétique de la face avant (les couleurs,
les formes) dans lequel le poseur se retrouvera à travers la représentation
d « un travail bien fait », le toucher de lemballage
véhicule dune différenciation, laspect global du
coffret qui doit rassurer sur son étanchéité.
Ces investissements issus de cinq ans détudes ont dautant
plus dimportance que la durée de vie dun produit tel quun
compteur électrique est de lordre de 15 à 20 ans.
Ainsi, avec une source de différenciation très étroite,
le marketing et le design sensoriel en milieu industriel tente, par un travail
sur les différents sens (le toucher, lodorat, lacoustique)
de trouver des éléments de différenciation.
|
RICARDO NAVARRO, DIRECTEUR ARTISTIQUE, MORREL-COTTET |
Dans lindustrie
des montures de lunettes, 80% des fabricants ont choisi de développer
une offre sous couvert de marque (luxe, grands couturiers,
) et 20%
ont décidé de promouvoir leur propre marque. Cest cette
dernière option qua choisi lentreprise MORREL-COTTET, entreprise
familiale jurassienne, indépendante depuis 1880, fabricant annuellement
de lordre de deux millions de montures, avec une gamme comprenant 363
produits.
Son challenge est de renouveler, chaque année, 80% de sa gamme, entrant
ainsi dans un mode de fonctionnement de marché très lié
à la mode et prenant, de ce fait, un fort appui sur le design.
Trois « époques » du design et de son influence au sein
des organisations peuvent être identifiées :
- La première où le design est au service de la production pour
améliorer le process de fabrication
- La deuxième où le design est au service du marketing pour
rendre loffre plus performante
- La troisième, dans laquelle sinscrit ce témoignage,
où le design est au centre de la démarche stratégique
de lentreprise, élément central de son développement
comme source principale de sa différenciation
Dans lexemple de MORREL-COTTET, le design est mis au centre de lorganisation
en même temps que véhicule principal de la culture dentreprise.
Pour faire face à la concurrence qui a adopté un business model
autour de lexploitation de licence de marques, lentreprise a choisi
une autre option : le développement de ses propres marques en faisant
face à lobligation de renouveler, chaque année, 80% de
ses produits. Pour ce faire, lorganisation et la démarche stratégique
est articulée à partir du design qui alimente le marketing,
la communication, la recherche et développement, la réalisation
des prototypes, autant de fonctions considérées au service de
la fonction primaire quest le design.
|
CONCLUSION |
Les espaces daction
des PME deviennent de plus en plus larges, mondialisation, marchés
internationaux, alors que le temps à disposition des entreprises pour
exploiter leur avantage devient de plus en plus court (réduction des
cycles de vie des technologies et des produits, accélération
du « time to market »).
Correspondre au plus vite avec le marché, être en adéquation
avec les besoins des consommateurs tout en étant plus performant que
les concurrents, lenjeu est de taille. Aussi, dans le processus de relation
avec les utilisateurs dun produit, dune offre, il est déterminant
dêtre reconnu le plus tôt possible : doù, limportance
donnée par lensemble des intervenants au contexte de découverte
du produit et à la notion, dans ce contexte, de valeur, de qualité,
de performance du produit perçues.
Dans ces conditions, la capacité dune entreprise à créer
et renouveler sa différence devient primordial pour sa survie et son
développement.
Les entreprises « gagnantes » sont précisément celles
qui sont capables dinnovation. Celles qui parviennent à créer
un espace pour entreprendre, de laisser la place à linitiative
et limagination, de mettre en place des processus permettant la mobilisation
des compétences individuelles pour renouveler les savoir-faire, les
modes dorganisation, les sources davantage concurrentiel.
Donner un espace dexpression au design procède de cette démarche.
Le design est, au sein de lentreprise, un espace entrepreneurial. Ceci
renvoie à la responsabilité de lentrepreneur.
La mise en place dune « organisation entrepreneuriale »
dépend pour beaucoup de ses représentations et de son implication
dans la démarche dinnovation.
Hugues Silvestre,
Consultant
Professeur à lEM Lyon